2. Réalité virtuelle

Cette histoire me fût racontée dans un parc bien connu de ma ville, un dimanche d’hiver 2018.

Des difficultés personnelles me travaillaient ce soir-là.
Rien de bien important manifestement, puisque je ne me souviens guère du sujet.

Je sais juste qu’assis sur un banc, j’attendais un ami.
Dans l’attente, engourdi par le froid et mes problèmes, je ne prêtais plus attention au monde autour de moi.

Au bout de quelques minutes, un jeune homme des plus ordinaires s’installa à mes côtés.
C’était un de ces étudiants à la silhouette encore sportive, blond, à qui un sac de sport rouge reposait sur le flanc.

Une angoisse habitait ses yeux.

– « j’ai acheté un casque », avait-il lâché dans un souffle.

Il s’était ensuite tût pendant au moins vingt secondes avant de reprendre son histoire.

« Ça me paraissait une excellente idée. la réalité virtuelle, j’étais sûr que ça serait l’avenir du jeu-vidéo ! Vous imaginez un peu ? Ne plus être un bête joueur, mais prendre part intégralement au monde qui vous transporte. Pour moi c’était un rêve.
Alors évidemment que je m’en suis acheté un, surtout quand j’ai trouvé une offre sur internet. Un coffret avec deux jeux dedans, et surtout une réduction de 50%. C’était une sacrée promo, parce que sinon c’est pas donné ».

Il s’arrêta à nouveau quelques secondes. Il donnait l’impression de chercher constamment son courage avant de poursuivre.

« La semaine en attendant mon colis m’a parut incroyablement longue, j’étais super impatient. Quand je suis allé le chercher au point relais, je me souviens qu’il semblait avoir été ouvert, puis re-scotché. J’ai eu la trouille qu’on m’ait volé des affaires.

Je suis vite rentré chez moi pour l’ouvrir et vérifier, mais tout semblait normal. Le casque était bien là, avec ses branchements et les jeux qui devaient l’accompagner.

Il y en avait même un de trop, que je n’avais pas commandé ».

A cet instant, je me souviens de mon téléphone qui vibra dans ma poche. Je connaissais bien mon ami dont je tairai le nom pour l’instant : il était encore en retard .

De toute façon, l’inconnu avait fait une nouvelle pause. Quand il reprit la parole, c’était d’une voix plus basse.

« Sur la pochette, on voyait juste un visage recouvert de cheveux noirs sur un fond blanc. Pas de titre. Pas de studio de production mentionné derrière.
Comme je ne trouvais rien sur internet à propos du jeu, même en cherchant dans tout le catalogue de la console, je me suis dit que ça devait être une campagne de promo originale.

Franchement, j’étais curieux.

J’ai vite branché les câbles, fait les réglages, enfilé le casque, inséré le jeu.

Quand il s’est installé, l’arrière-plan visible depuis le casque est devenu blanc. Je n’ai même pas eu à le sélectionner dans l’interface principale, il a démarré automatiquement.

Pas non plus de menu à l’ouverture. J’étais immédiatement plongé dans une forêt en pleine nuit, impressionné par les graphismes !

Je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi réaliste. J’étais par-contre déconcerté par l’absence totale de narration ou d’objectif.

Je me déplaçais juste entre les arbres nus, sur un chemin de boue et de feuilles mortes éclairé par la lune ».

Il reprit un temps de repos dans son histoire, soupirant d’un souffle chaud dans le froid de la nuit.

« Je n’ai pas eu à marcher longtemps pour atteindre une grande maison blanche perdue dans les bois. Elle me paraissait totalement en décalage avec l’atmosphère, de part son aspect moderne.

Sur son pallier, toujours personne. Je commençais à me demander quand est-ce que le jeu allait démarrer.

La porte principale était ouverte, je pouvais l’actionner à l’aide des commandes dans mes mains. Tout était vraiment bien fait, en jouant debout j’avais l’impression de me déplacer réellement dans cet endroit.

Je suis entré, pour découvrir une maison parfaitement ordinaire. Un grand salon, meublé de commodes en bois et d’un canapé rouge. Il était disposé devant une télé allumée qui diffusait un faux programme de late show.

J’ai donc commencé à explorer la demeure, inquiet qu’un jump-scare ne vienne me foutre la trouille ! ça sentait l’embrouille, j’avais le dos qui frissonnait.

Rien dans la cuisine comme à tout l’étage du bas. J’ai donc emprunté l’escalier.

En haut je trouvais une chambre d’adulte, parfaitement normale. Un WC. Puis tout au fond, une chambre d’enfant.

Elle aussi aurait été ordinaire, sans ce portrait au-dessus du lit. La même image que la boîte du jeu.

Je me suis donc approché du tableau, pour essayer les contrôles dessus.

Enfin quelque chose se produisit.

L’image dans le cadre recula, jusqu’à laisser apparaître le corps entier d’une jeune femme en robe blanche, le visage caché derrière ses cheveux noirs. Elle était toujours dans ce fond blanc.

Elle commençait à marcher vers moi, comme si elle allait sortir du tableau.

J’étais franchement impressionné. On aurait dit que j’y étais, c’était incroyable ».

Il commença à se frotter les mains. Pourquoi ne m’étais-je pas rendu compte plus tôt des gros morceaux de peau qui leur manquait ?

« Son bras…Il sortit du cadre. Moi, je n’avais pas bougé, j’admirais les graphismes.

Jusqu’à ce que sa main se pose sur mon avant-bras. »

Il tourna sa tête vers moi, posa ses yeux terrifiés dans les miens.

« Vous avez déjà pris conscience, en une fraction de seconde, que vous alliez mourir ?

C’est très bizarre comme sentiment.

Vous êtes coincé entre l’envie de tout abandonner et le réflexe de fuite.

De mon autre main, j’ai arraché mon casque de ma tête.

Et elle était devant moi, ses doigts crasses qui enlaçaient mon avant-bras. J’étais fini. Je le savais.

Je ne pourrais même pas dire quel instinct m’a aidé à pousser de toutes mes forces contre le mur en face pour m’arracher à son étreinte. Cette poigne qui ne voulait pas me lâcher, elle a failli me casser le bras ».

A cet instant, il leva sa manche. Son avant-bras était complètement bleu.

« Je suis sorti en courant de la chambre aussi vite que je le pouvais. J’ai sauté les escaliers 4 à 4, défoncé la porte d’entrée et couru dans la forêt. J’étais complètement paumé mais je détalais sans regarder où j’allais.
je voulais juste fuir cette baraque.

Au milieu des bois, la fatigue me força à m’arrêter. Je me cachais derrière un arbre, dans un bosquet, et j’arrêtais de bouger. Quelques instants plus tard, j’entendais des pas trainant sur le sol. Quelqu’un qui soufflait fort, retournait des buissons, et fouillait partout dans cette forêt.

ça a duré une éternité. Une véritable éternité. Tellement longtemps que j’ai fini par ne plus avoir le choix et me suis endormi.

Quand je me suis réveillé j’étais chez moi. Allongé sur le sol, le casque à mes côtés. Mes parents sont rentrés voir ce que je foutais dans ma chambre.

Ma mère a juste crié en voyant mon bras ».

Il s’arrêta à nouveau.

« Le jeu n’était plus là. Je ne sais pas si il a même un jour existé.

Certaines nuits je me réveille en hurlant.

Et si j’étais encore dedans ? »

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